Quand le fruit se fait attendre : Traverser la déception pour éclore à soi-même
Il est des saisons dans la vie où le sol semble désespérément stérile. On investit du temps, de l'énergie, on s'engage dans un long chemin de guérison ou de thérapie pendant des années, on y met tout son cœur... et pourtant, rien ne semble bouger. La déception s'installe, lourde, accompagnée d'un sentiment d'inutilité. On en vient à penser : "Je fais fausse route, tous mes efforts ne servent à rien, je n'avance pas. Je suis un cas désespéré."
Cette souffrance fait écho à une image forte, celle de la parabole du figuier dans l'Évangile de Luc (13, 7) :
"Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. Pourquoi occupe-t-il le terrain inutilement ?"
Comme ce propriétaire, nous sommes souvent nos juges les plus sévères. Nous regardons nos vies et nous nous disons que nous occupons le terrain pour rien, que nous ne portons aucun fruit visible, et la tentation est grande de tout abandonner, de baisser les bras face à cette impression de vide.
Le piège de la perfection invisible
Et si notre déception naissait d'un malentendu sur la nature même du "fruit" ?
Bien souvent, nous mettons la barre si haut que nous cherchons à produire un fruit parfait, lisse, conforme à l'image idéale que nous nous faisons de la réussite ou de la guérison. Nous nous imaginons que pour être aimés, acceptés ou reconnus, nous devons afficher une transformation spectaculaire.
En poursuivant ce mirage de la perfection, nous passons à côté de ce que nous sommes vraiment. Cette exigence démesurée nous paralyse : à force de craindre de ne jamais porter le "bon" fruit (selon les critères du monde ou de nos exigences intérieures), nous finissons par nous résigner, par nous couper de notre élan vital et par croire que nous ne servons à rien.
Une note d'espoir : La grâce du petit fruit
C'est ici que réside la véritable note d'espoir et de résilience. La suite de la parabole nous rappelle que le vigneron demande du temps, propose de prendre soin du sol, de creuser et de mettre du terreau. Le temps de Dieu et de l'âme n'est pas celui de l'efficacité immédiate.
Il est temps d'arrêter de regarder la perfection comme une condition pour être aimé. Le secret de la paix ne consiste pas à devenir un arbre gigantesque croulant sous des fruits extraordinaires, mais à accepter d'être, tout simplement.
Revenir à sa juste mesure : Parfois, il suffit d'être un petit fruit, imparfait mais authentique, qui correspond exactement à ce que nous sommes.
Renoncer aux critères absolus : C'est en abandonnant les attentes irréalistes que l'on redécouvre la valeur de nos petits pas invisibles.
Se résigner à être soi-même : Ce mot, "résignation", n'est pas un aveu d'échec, mais un acte de foi et d'abandon spirituel. C'est consentir à notre propre réalité, avec nos limites et nos fragilités.
Vous n'êtes pas inutile. Aucun effort fait avec le cœur n'est jamais perdu. Le travail souterrain de ces dernières années prépare peut-être une floraison plus discrète, mais infiniment plus vraie. Cessons de vouloir plaire par la performance, et laissons-nous simplement aimer pour ce que nous sommes : un arbre précieux, dont chaque petite pousse a du prix aux yeux du Créateur.
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Article écrit par Karine De L’isle (c)